L'exode ?

Ces vingt dernières années, la NBA était le Graal pour tout joueur de basket. Que ce soit sur le plan sportif ou financier, c'était le lieu où il fallait concourir. Depuis 2 ans, l'euro est très loin devant le dollar et les choses tendent à changer. Les joueurs américains commencent à demander que leur salaire soit versé en euros et ceux-ci deviennent de plus en plus importants.

Depuis longtemps, les joueurs américains sont en Europe des joueurs utilisé pour être les leaders d'une l'équipe. Ce fut un véritable coup de tonnerre que fut la signature de Josh Childress pour 3 années et 20 millions de dollars en faveur de l'Olympiakos alors que les Hawks souhaitaient réellement le conserver et que d'autres équipes NBA semblaient l'avoir couché sur leur tablettes. Derrière cette signature d'autres joueurs, d'impact moindre ont été attirés par les euros ou les roubles et ont posés leurs valises sur le vieux continent. De cela, beaucoup se sont empressé de parler d'exode. Mais qu'en est-il vraiment ?

Le cas Jennings, simple exception ou porte ouverte ?

Commençons par l'exception. Brandon Jennings, 18 ans, l'un meilleur lycéen de la cuvée 2008 est un précurseur. N'ayant pas le niveau scolaire pour intégrer directement une université (il avait chosi Arizona), et devant attendre d'avoir 19 ans pour se présenter à a draft, il a préféré signer un contrat de 3 ans avec la Virtus Roma, et le contrat de 4 M$ sur 3 ans qui va avec, plutôt que d'aller semer la terreur dans un Junior College ou en NBDL.

De sa réussite dépendra une nouvelle tendance. C'est à dire si Jennings devient un joueur avec une impact importante et si ilse retrouve drafté dans le top 10 lorsqu'il se présentera pour rejoindre la NBA. Les meilleurs joueurs de High School, pourraient écouter certains agents et aller chercher un début de fortune en Europe plutôt que de rejoindre la NCAA.

Le pont d'or à Childress

Josh Childress, membre important dans la rotation des Hawks, refuse de re-signer avec sa franchise et a choisi la proposition de 20 millions de dollars sur 3 ans proposé par l'Olympiakos. Il est vrai qu'un joueur de 25 ans et ayant compilé 11.1pts à 52.2%, 5.6rbs en 285 matchs a de quoi attiser les convoitises de nombreuses franchises NBA. Mais Childress, de part son statut, ne pouvais quitter les Hawks. Ces derniers lui proposaient un contrat de 5 ans au niveau de la Mid-level excption soit 35 M$, somme que pouvait lui proposer à peu près toutes les équipes intéressées par sa venue. Pour quitter le Hawks tout en restant en NBA, il ne lui restait alors que peu d'options :

  • trouver un sign-and-trade. Sans que cela lui garantisse qu'une franchise soit prête à faire une meilleure offre financière, et il faut aussi qu'Atlanta accepte la contre-partie. Un vrai jeu d'équilibriste.
  • Signer la qualifying offer. Soit 4.8 M$ pour jouer encore une saison sous les couleurs d'Atlanta, puis de signer ou bon lui semble. La solution la plus simple, qui fut celle choisie par exemple par Mickael Pietrus la saison passée. Encore faut-il que les Hawks lui donne du temps de jeu pour qu'il puisse se mettre en valeur. On a pu le voir avec Pietrus (un temps de jeu passant de 26 min à 20 min), les coachs ont la légitime tendance à se priver d'un joueur dont ils savent qu'il ne sera plus là la saison suivante.

Josh Childress a donc choisi l'offre la intéressante pour lui. Que ce soit du point de vue de la notoriété que pécunièrement. Le risque d'échec étant très mince, il aura sans doute le droit à une exposition médiatique en étant la star de son équipe. Avec un peu moins de 7 M$ par saison, Childress devient le joueur le mieux payé d'Europe. Son seul salaire annuel couvrant les budgets complets d'équipes comme le Partizan Belgrade (4.7 M$), le Bešiktaš Istanbul (6 M$), le Žalgiris Kaunas et l'ASVEL (environ 7 M$ chacun). Sachant que le salaire à l'Olympiakos est annoncé net d'impôts et qu'en NBA, les salaires sont bruts, Childress va gagner plus du double de ce qu'il pouvait espérer gagner en NBA.

Le problème pour Childress, si il veut revenir jouer en NBA, c'est que les Hawks détiendront toujours les droits sur lui tant que ceux-ci maintiennent leur offre (la qualifying offer). Ce n'est donc pour Childress que mieux reculer l'échéance. A moins que les Hawks décident de jeter l'éponge et de le laisser libre de signer ou bon lui semble.

Le retour aux sources

Être européen et évoluer en NBA n'est pas une sinécure. La plupart du temps cela implique de passer du statut de star dans son club à, bien souvent, 6e, 7e voire 8e joueur dans la rotation n'est pas aisé. Alors certains, après des passages plus ou moins brefs, reviennent en Europe ou ils retrouvent un rôle au premier plan et surtout beaucoup plus rémunérateur. On l'a vu avec des stars Comme Sarunas Jasikievicius ou Arvydas Macijauskas et avant Antoine Rigaudeau ou Sasha Djordjevic.

Cette année ne déroge pas à la règle. Juan-Calos Navarro, après une très prometteuse saison de rookie sous le maillot des Grizzlies (10.9pts, 2.6rbs, 2.2as), fait son retour sous les couleurs du FC Barcelona pour un contrat de 15 M€ (22 M$) sur 5 ans. Largement au delà de ce qu'il pouvait espérer cette saison par n'importe quelle franchise. Il en est de même pour Bostjan Nachbar (7.1pts, 2.6rbs), qui a accepté l'offre de 14 M$ sur 3 ans de la part du Dynamo Moscou, qui avait su gagner sa place dans les rotations, en grande partie en comptant sur son adresse à trois points. Mais les arrivées de Jianlian Yi et de Bobby Simmons le repoussait en fin de rotation sur les postes d'arrière/ailier et les Nets n'allaient pas s'aligner financièrement. Son coéquipier Nenad Krstic se retrouvait dans une position à peu près similaire. Revenant difficilement de sa blessure contractée au genou gauche en 2007. Les Nets ont préféré assurer le coup à l'intérieur en signant Brook Lopez et l'offre faite par le Triumph Moscow (9 M$ par an) situait Krstic à un niveau de salaire plus élevé qu'Emeka Okafor.

Il en va de même pour Jorge Garbajosa, Carlos Delfino, Gordan Giricek et même Primoz Brezec, tous ces joueurs retournent en Europe, à des salaires inenvisageable pour l'impact qu'ils ont en NBA.

La fortune des role-players

Ce n'est pas réellement une nouveauté, chaque année, par dizaine, des role-players NBA et même des joueurs trop juste en terme de rapport taille-poids, trouvent des contrats très lucratifs en Europe. Des joueurs comme JR Holden, Terrence Morris ou Marcus Haislip se voient proposer des salaires à au moins 2M$ net par saison soit près de 3,5M$ en NBA. En plus d'un temps de jeu conséquent ils obtiennent un salaire au moins deux fois supérieur à ce qu'ils pourraient réélement espérer aux USA. Cette année encore, des joueurs comme Mile Ilic, Taurean Green et James Augustine franchront le pas.

Dernier cas, celui qui soulève les fantasmes, des joueurs bien établis en NBA et qui ont signés pour l'Europe plutôt que de se retrouver avec un rôle de back-up. Ils ne sont que 3 avec ce profil, mais c'est l'enchainement des annonces autour de la mi-août qui est à l'origine de ce que beaucoup se sont empressé d'appeler l'exode. Dans cette catégorie ne rentrent que Jannero Pargo, Carlos Arroyo et Earl Boykins. Mais excepté Pargo, aucun n'avait de rélle proposition sérieuse. Boykins avait même été sans équipe une bonne partie de l'an passé avant que les Bobcats ne l'appellent pour pallier à la blessure de Jeff McInnis. Pargo a effectué, quant à lui, des playoffs d'un très haut niveau, mais il lui reste encore à confirmer. Ce qui n'était pas évident avec l'arrivée de James Posey.

Et par le passé ?

Childress qui arrive en Europe, n'est pas le cas unique d'un joueur de premier plan qui traverse l'Atlantique. Il y a eu des précédents, avec des raisons variables. Ces trois dernières années ils sont nombreux les joueurs à avoir un long parcours NBA à traversé l'Atlantique. Pèle-mèle : Gary Trent, Marc Jackson, Tracy Murray, Tony Delk ou Travis Best. Si on peut argumenter que ces joueurs sont en fin de carrière, on a aussi remonter un peu plus loin dans le temps. Dominique Wilkins fit un passage par le Panathinaïkos et remporté le titre européen avant de repartir pour la NBA. Michael Olowokandi, alors numéro un de la draft signa son premier contrat pro en faveur du Kinder Bologna lors du lock-out de 1999. Une dizaine d'année avant, en 1988, drafté par les Clippers, Danny Ferry refusa de signer avec la franchise californienne et s'exila en Italie pour forcer un échange. Au cours des années 80 et 90, plusieurs joueur avec une grosse expérience venaient aussi terminer, lancer ou relancer, leur carrière en Europe Ron Anderson , Bruce Bowen, Udonis Haslem, David Rivers, Cliff Levingston, Earl Cureton, John Long, Michael Young, Michael Brooks, ...

Et il ne faut pas oublier les bannis de la ligue pour usage de stupéfiants comme Roy Tarpley ou Micheal Richardson. De véritables stars en NBA et qui firent les beaux jours de nombreuses équipes européennes.

Le fantasme de la star ?

Le cas Childress a déclenché une petite crise d'hystérie et chez pas mal de fan. Certains voyant dans la signature de Childress et de certains retours aux sources, la capacité de certaines grosses cylindrées européennes d'attirer une star en 2009 ou 2010. Là ou Kobe Bryant, LeBron James Dwayne Wade ou Chris Bosh seront sur le marché. Bien aidé par les déclarations des frères Aggelopoulos qui se déclaraient près à proposer 40 voir 50 M$

Le problème c'est que ce ne sera pas 20 M$ sur 3 ans qu'une équipe devra aligner, mais 20 M$ par an. Au bas mot. Et là, les candidats à être en mesure de lâcher un tel salaire sont bien peu nombreux. 7 équipes ont un budget supérieur à 25 M$. 4 sont espagnoles : Real (39 M$), FC Barcelona (34 M$), Tau Vitoria (31 M$), Malaga (28M$), deux sont grecques : Panathinaikos (42 M$) et Olympiakos (36 M$) et enfin l'ogre russe du CSKA et ses 50 M$ de budget. Il est donc difficile de croire en la possibilité de voir une super star arriver en Europe car il faudrait aussi honorer les salaires des autres joueurs. Il faudrait donc doubler, voire quadrupler le budget des tops teams pour cela. Economiquement, l'affaire n'est pas viable, même si le marché européen est toujours en expansion.

De plus, il ne faut pas oublier la mauvaise image qu'on certaines équipes, notamment grecques et russes, dans les difficultés récurentes de payer les salaires des joueurs. Nombreux sont les agents de joueurs qui ont eu à se rendre devant les tribunaux pour obtenir la totalité des salaires promis.

Pour tout ces facteurs, il n'est que très peu probable de l'arrivée d'un joueur all-star dans les toutes prochaines années en Europe.

En conclusion, on ne peut guère parler d'exode puisque la tendance des échanges entre USA et Europe est devenue très courante ces 10 dernière années et le lock-out de 1998. Les résultats des équipes nationales face aux équipes américaines ont fini par ouvrir les yeux que d'autres championnats hors NBA peuvent eux aussi être compétitifs et donc donner un vrai challenge sportifs à des joueurs US de talents, mais barrés en NBA.